Lundi 1 décembre 2008

par Julie

Brèves. De bureau. De comptoir.

Brève. Quelques secondes. Quelques minutes. Tout au plus.

Le weekend s’achève. Mon MEOS a été efficace et je n’ai plus d’encre autour du nombril. Les cheveux humides, les pieds croisés, la nuque tendue, j’entends plus que je n’écoute l’un des derniers tubes sur VH1 et je conte à qui veut bien lire de navrantes péripéties. J’ai rejoint Catherine, Denis, Markus et Stefano au De Zotte, Raamstraat 29. Des bières belges et la masse des gens, souriante et sans âge, et ce gros homme chauve, et les discussions pseudo-philosophiques, et son « God is Energy ». Deux, trois photos. Sébastien et son ami dont j’ai oublié le prénom. On arpente alors les ruelles sombres, joyeuses, presque liquides, se dirigeant sans savoir ni pourquoi ni même comment, vers le Bourbon Street au Leidsekruirsstraat 6-8. Je ne me souviens plus vraiment de ce qui advint après lui avoir tendu deux euros au lieu d’un, ni du son, ni des gens. Simplement de ma première vodka cranberry, d’un revendeur, de son bonnet, d’un numéro de téléphone sur un bras, d’un jean déchiré, d’une musique forte qui me plaisait et d’un poteau près de l’entrée. Après avoir flotté sur l’asphalte humide et grimpé d’interminables étages, je me suis endormie à moitié chez Sébastien. Il devait être 6 heures du matin. Le jour se levait. Et moi, je le vis quelques heures plus tard, laide de fatigue. Je me suis endormie dans le métro 50, puis dans le bus 92, manquant l’arrêt Metaal-je-ne-sais-trop-quoi, me réveillant à ce qui devait être le terminus. J’ai déambulé dans les rayons d’un Albert Heijn de banlieue. Puis, ce même 92 dans le sens inverse qui stoppa un arrêt trop loin. J’ai marché, alors que le soleil du nord, pâle et froid, éclairait la plaine.

Depuis, plus rien. J’ai acheté un gilet, regardé des futilités sur E ! Entertainment, teint les cheveux de Laëtitia, regardé Gummo qui me laisse sceptique, parlé avec S. de ce qui n’était plus malgré nous. Je ne lui ai presque pas menti. Si ce n’est ce détail là. Certaines choses se doivent d’être tues. C’est ce que je me dis pour ne pas m’en vouloir. Et me voici, les cheveux humides, les pieds croisés, la nuque tendue, n’écoutant pas plus l’un des derniers tubes sur VH1, honteuse et nauséeuse à la simple vue de la bouteille de vin qui attend entre le réfrigérateur et la plaque de cuisson. Et si les conséquences existaient et que ma théorie se noyait ?

 

 

 

 

« Song of the day «


I fly like paper, get high like planes. If you catch me at the border I got visas in my name. If you come around here, I make 'em all day. I get one down in a second if you wait. Sometimes I think sitting on trains, every stop I get to I'm clocking that game. Everyone's a winner now we're making that fame. Bonafide hustler making my name. All I wanna do is (bang bang bang bang) and (ka ching), and take your money… Pirate skulls and bones. Sticks and stones and weed and bongs. Running when we hit 'em. Lethal poison through their system. No one on the corner has swagger like us.Hit me on my Burner prepaid wireless. We pack and deliver like UPS trucks. Already going hell just pumping that gas. Third world democracy. Yeah, I got more records than the K.G.B. So, uh, no funny business. Some some some I some I murder. Some I some I let go…

  

 

M.I.A. : Paper Planes
publié dans : 2008-2009 : Amsterdam, Netherlands
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Jeudi 20 novembre 2008

par Julie



Je n’ai absolument aucune envie de vous écrire, de vous dire, pas même pour tuer le temps. Je n’ai tout simplement rien à conter, ou peut-être trop, ou pas assez. Je n’ai pas envie d’avoir du style, alors, non, je n’en aurai pas. Juste comme ça. Car si j’enfonce ces touches, ce n’est que pour occuper mes doigts. Le plancher m’avale.

Amsterdam. Pays Bas. Putes, fumée, canaux, vélos. Bus 92. Métro 51. Trams 1, 2, 5. Albert Heijn, Leindseplein.

Chaque jour, une même rengaine. Comme ce vieux refrain que l’on a toujours détesté et qui reste là, ancré, tel un parasite. J’essaie, mais en vain. Je n’ai vraiment rien envie de dire. Force toi. Parle-leur de ces grands projets que tu ne réaliseras jamais. Conte-leur quelques mensonges, aussi. Juste pour rendre l’histoire digne d’intérêt. Non.

Ce n’est pas tant que je vous haïsse. Ce n’est pas tant que je vous méprise. Mais les mots ne viennent pas. Pas même pour Lui. Ni à propos de Lui. Lui, je l’oublie. Le pire, c’est que je m’en moque. Et que je n’ose pas lui dire. 20-11-08 : Puis, je ne suis pas drôle. Et je tente de dissimuler mes plaintes. Idiotie. Manque cruel d'intérêt. Vide. Cette soirée fut bonne. Nous avons bu quelques verres au bureau, histoire de rapprocher les équipes. Puis nous avons joué, avec d'autres, au billard. Je suis mauvaise. Encore. Je suis épuisée et deviens susceptible. Denis me vanne. Ca me vexe à moitié. Des phrases sympas de temps en temps, ça fait pas de mal non plus. 

 

 

 

« Song of the day «


built to spill : Strange

This strange plan is random at best. This strange, how much more can I take? This strange change in atmosphere and in gravity too and it's severity. This strange day is almost over, just started to get sick of it. And it's strange, but not all that strange, that it's strange, but what's so strange about that? Yeah it's strange, but why is that strange. That it's strange, but oh, well… This strange sound you said I said you're not listening or I'm not saying it right. This strange war of promises…. Let's call us a truce and call it the truth. And it's strange but not all that strange. That it's strange but what's so strange about that?

 

 


picture : credits

publié dans : 2008-2009 : Amsterdam, Netherlands
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Mardi 4 novembre 2008

par Julie

« Les hommes discutaient sur le pont neuf. Les chars américains arrivaient d’un côté, les allemands à vélo, de l’autre. Ils avaient placé des explosifs sous les ponts et comptaient brûler le village. Mais ils n’ont pas eu le temps. Et nous, nous avons eu de la chance. »

Ma grand-mère nous contait ses souvenirs de guerre. « On n’a pas tant souffert de la guerre. On avalait un roux d’œuf avec du sucre tous les matins et avait de la viande tous les jours.

« Pourtant Papa nous dit qu’il souffrait de la faim, dit Maman.

« Oui. Mais c’était bien plus tôt, c’était différent, à Menton. Il ramassait les miettes de pain de son doigt humide, se souvint-elle. Mais ici, on ne manquait de rien.

« Eh bien, pas nous. Dans le Jura, c’était une autre histoire, dit Jean-Louis. Nous, c’était plutôt les rutabagas et les topinambours qu’on nous servait chaque jour.

« Mmh ! Comme c’est bon, les topinambours ! clama Maman.

« Pas quand on en mange pendant cinq ans... rétorqua-t-il »

J’aime que l’on me raconte de vieux souvenirs, comme des contes enfermés dans de vieux livres couverts de poussière. Des livres sur lesquels on souffle avec prudence, et dont la lecture nous semble presque délictueuse, comme voler un précieux tableau ou piller la tombe d’un empereur aztèque.

On a mangé copieusement, l’omelette aux champignons, les pâtes, la crème, le fromage, et le gâteau qu’elle avait emmené. Il est désormais 16h15. Ils jouent à la belotte dans le salon.

« Non.

« Non plus...

« Deux.

« Cœur.

« Quand il arrive rien, tu sais...

« Tu as pris à cœur ?

« Oui. J’avais beau jeu, avant.

« Atout pique ?

« Non, cœur.

« Il faut que tu t’accroches.

Dehors, le ciel est sombre, se meut, il pleut toujours, et le vent emballe les feuilles mortes. Et moi, dans la pièce voisine, j’envoie une copie de mon passeport en attendant qu’on serve le champagne.


« Song of the day «


joy division : she’s lost control

 



Confusion in her eyes that says it all. She's lost control, and she's clinging to the nearest passer by. She's lost control, and she gave away the secrets of her past, and said I've lost control again, and a voice that told her when and where to act. She said I've lost control again, and she turned around and took me by the hand and said,
I've lost control again. And how I'll never know just why or understand, she said I've lost control again.
And she screamed out kicking on her side and said, I've lost control again. And seized up on the floor, I thought she'd die. She said I've lost control. She's lost control again. She's lost control.
Well I had to 'phone her friend to state my case, and say she's lost control again. And she showed up all the errors and mistakes, and said I've lost control again. But she expressed herself in many different ways, until she lost control again. And walked upon the edge of no escape, and laughed I've lost control. She's lost control again. 

 

 

 

 

 

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Mardi 28 octobre 2008

par Julie




Il est 9h39. Depuis plus de deux heures, j’attends les yeux ronds, le corps enfoui sous la couette, un pied nu. Autour de moi, parmi les vêtements et les documents que je n’ai pas eu le courage de ranger, une carte postale vierge de l’UCD Arts Fashion Show 2007, un crayon, un calendrier, et un téléphone qui ne sonne pas.
Hier, vers 15h15, Carolina me dit: “I’ll call you back later this day or tomorrow in the morning.” Et depuis, je le guette, lui et sa sonnerie des temps anciens. Mon ventre est douloureux, mes mains sont moites et pourtant, j’ai froid.

 

Il est 09h49. La scène est la même. Seule la chanson a changé. Je repense à cet entretien qui ne  m’a pas satisfaite. Je n’ai pas su être assez convaincante lors du jeu de rôle. J’aurais dû dire que l’on ne s’impose ni leader ni suiveur, mais qu’il faut, au préalable, étudier la culture d’entreprise et s’y intégrer au mieux : observer pour mieux agir. Devenir leader au bon moment sans s’imposer injustement, car on n’est pas engagé en tant que tel. J’aurais dû dire que parmi mes points faibles, il y avait ce soucis de trop bien faire qui peut parfois me coûter de précieuses minutes. Et la crainte de l’échec. Je n’aurais même pas eu à mentir.

Alors depuis j’attends. De  moins en moins sereine. Observez la redondance du champ lexical lié à l’attente.

 

Il est 09h57. “This is the first day of my life.” Depuis hier, les éléments jouent en ma défaveur. « Si le serveur apparaît dans les huit prochaines secondes, ils m’embauchent ». J’ai compté jusqu’à huit. Un mississippi, deux mississippi(s)... Et il n’a pas surgi, même pas caché derrière une pile d’assiettes sales. « Si cette paire de chaussures est en 40, alors, la réponse sera positive ». Si seulement je chaussais du 39... Ce ne sont là que des exemples, qui pourtant mettent bien en relief un fait important : le hasard n’est pas de la partie, ou alors, il joue dans l’équipe adverse.

Il est 10h03. Je me sens de plus en plus nauséeuse. Non, je n’irai pas dans la cuisine prendre un verre d’eau. Non, je n’irai pas dans la salle de bain prendre une douche. Je ne quitterai pas ce lit avant de recevoir l’appel, fatidique ou bien heureux.

 

Il est 10h08. « Carolina, appelle-moi ! Pour un oui ou pour un non, mais mets fin à mon supplice ! » Peut-être était-ce ce à quoi Jésus de Nazareth songeait avant de faire Christ. A ce propos, je me demande si on ne l’eut jamais appelé Christ avant la crucifixion. Christ, qui vraisemblablement viendrait de la traduction grecque de l’hébreu משיח, machiakh, celui qui a[urait] reçu l’onction, divine, soit, l’esprit saint. Dans ce cas alors oui, il a été Christ avant qu’on ne lui enfonce des clous dans la chair et que le coq ne chante trois fois.

 

Il est 10h20. Cette parenthèse, certes inutile, a occupé mon esprit pendant douze minutes. Trouvez m’en d’autres, des parenthèses. J’en remplirai volontiers l’espace d’idées plus ou moins claires, plus ou moins vraies ou vraisemblables. » Le chercheur est bien heureux. Son esprit est sans cesse occupé par des idées, des faits, des notions, des théories, des hypothèses qui le passionnent. Le chercheur ne doit jamais être seul, mais son entourage doit certainement souffrir de son absence non pas physique mais spirituelle. Il est là sans l’être. Et pourquoi pas elle. Pourquoi ne dirais-je pas LA chercheusE ? On dit bien une auteure, une professeure. Le masculin a toujours un train d’avance. Je ne suis pas féministe pour un sou, un centime d’euro, même pas pour un cent de dollar. Pourquoi se donner un genre ? Le ciel est en haut, la terre est en bas, la rivière est douce, le fleuve et le torrent grondent, filent et remportent la palme.

 

10h29. Maman m’a emmené une grande tasse de café chaud et son IPhone pour que je puisse avoir un calendrier, plus lumineux que celui que j’ai dessiné au crayon.

 

10h36. Un courriel ! Je dirige mon curseur du bout de l’index sur l’enveloppe jaune en bas à droite de l’écran. “This strange plan is random at best”. La Poste et son NetInfos. Je me moque bien des nouveaux services et offres de laposte.net. “My baby shot me down”.

 

10h43. Plus qu’une heure et quinze minutes à patienter. 43% de batterie restants. A combien de minutes cela équivaut-il ? Combien de pour-cent perd-on en une minute en utilisant l’ordinateur de telle manière, soit en rédigeant des idioties sur Word, en écoutant ma Luxx Mix Tape du mois d’août grâce au lecteur Windows Media, en ayant Avast, Last.fm et µTorrent en activité, Windows Live Mail vérifiant mes courriels chaque minute, et une page de navigation ouverte ?

 

Il est 10h55. 33% restants. On perd donc 10% en huit minutes. 1,25% par minute. 75% par heure. Vraiment ? Non, il y a une erreur, un complot, anguille sous roche. Ma batterie ne se décharge pas en une heure et vingt minutes. Fiabilité minable.

 

Il est 11h00. Et si j’avais reçu une lettre ? 11h01. Je m’apprête à quitter mon lit, traverser le couloir, et revenir avant que la sonnerie retentisse pour me faire trembler la panse.

*

Il était 12h15, lorsque mon Nokia a sonné. Vieille sonnerie, et pas de prénom soufflé entre deux par une voix artificielle. Carolina, et ce même ton enjoué. Bien sûr que je l'ai, ce poste. Comme si j'en avais déjà douté... Je pars dans une semaine.


« Song of the day «


CAROLINA LIAR : When you are near.

 

Frame ghost left perfume on pillow, room without a halo. Losing my sleep, almost on and off in echoes. Time is passing so slow, dragging me deep. I can't make anything out of might've beens. Will tomorrow bring all into light? When you are near me, when you are here I see all that I am made of, and all that I have. Waylaid, television headache bursting into daybreak, losing my sleep. I don't fear anything in this place we're in. Will tomorrow bring all into light? I can't see anything in the dark but then your reflection brings all into light. When you are near me, when you are here I see all that I am baby, you're all that I have, you're all that I am.

 

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Jeudi 23 octobre 2008

par Julie


 

 

Je recherchais un cahier aux pages nues dans le troisième tiroir de ma commode. Entre les feuilles vierges, les crayons de couleurs et les énoncés d’examens, je les ai retrouvés, ces journaux intimes contés durant mes années d’adolescence, que j’avais oubliés.

 

EXTRAITS

 

« Solitude, tristesse, impression d’inutilité, voilà les trois maître-mots qui gouvernent en ce moment même mon corps, mon âme, mon « moi » tout entier. Hier soir, alors que le soir tombait, et que le village de Collobrières était en effervescence, mon équilibre intérieur bascula. [...] Il n’était qu’une personne parmi tant d’autres, mais pour moi, il était bien plus que ça. [...] Mes rêves laissèrent place à la désillusion. Car ce n’était pas moi que Maxime tenait dans ses bras, c’était une autre. (17-06-01)

 

« Aujourd’hui, le vent souffle très fort. Le ciel est d’un gris si pâle qu’on le croirait blanc. Je suis à Cogolin chez l’amie de mon père. Elle est vraiment très sympa. » (O6-07-01)

 

« Mark. Tant de souvenirs pour un si simple prénom. Il venait de Hollande [et] venait souvent chercher des bières Kronembourg et je suis sûre de... Non je ne suis sûre de rien. » (11-08-01)

 

« Depuis quelques jours, c'est-à-dire depuis mercredi 3 octobre, je vis quelque chose avec Thomas. Il est interne au lycée depuis le début de l’année scolaire [...]. Parfois je l’aime bien, mais parfois, je ne sais pas pourquoi, je me dis que je ne devrais pas, que c’est une erreur. Physiquement, il ne me plait pas plus que ça, mais je me dis qu’il y a bien pire ailleurs. » (07-10-01)

 

« Ce soir, c’est les vacances. Ce matin, j’avais un contrôle d’espagnol à 8 heures. Je n’y suis pas allée. » (26-10-08)

 

« Vendredi soir, il y eut la réunion parents-profs. [...] Il n’y a pas qu’à [Jennifer] que je ne parle plus. C’est également le cas de Laëtitia, Clara et Angélique. A dire qu’on était si proches auparavant... J’écoute « let it be » des Beatles. » (02-12-01)

 

« Le 31 décembre 2001, lors du réveillon organisé au foyer, j’ai rencontré Tony. [...] Je le vois demain à 12h00. J’ai un peu peur je crois.» (06-01-02)

 

« J’ai 16 ans. Le temps passe, fuit entre mes doigts. Je veux commencer à vivre, à construire mes rêves. J’aspire à une vie grande où je serai quelqu’un »

 

« Oui, il est vrai que ce Maxime, je ne l’ai pas oublié. [...] Il parait qu’il est devenu prétentieux, sûr de lui au point le plus extrême, et finalement réducteur. » (04-02-02)

 

« Tout à l’heure, j’ai suivi un reportage sur France 2, au sujet des ‘petits soldats de Poutine’. En Russie, des enfants de 6 à 15 ans passent un mois d’été dans un camp militaire. [...] Mes projets d’avenir sont si flous. Je désirais m’orienter dans le domaine de l’audiovisuel. Mais finalement je ne sais plus. Petit à petit, j’ai l’impression de me perdre. Peut-être que je prend conscience des réalités. Mais ce que je sais, c’est que je ne veux pas être muette. [...] Je voudrais changer le monde, aider, créer. [...] Il faut que les choses changent. Et je veux être le déclic de ces changements.» (14-02-02)

 

« Mes petits cousins, Théo et Arthur, ont tout juste un mois aujourd’hui. [...] Je suis avec Tony depuis un mois et 23 jours. Aujourd’hui, je me suis faite couper les cheveux. » (23-02-08)

 

« Une jeune fille est morte, hier soir vers 19h, je crois. Une fille de 17 ans est morte sous un train. [...] En fait, je ne la connaissais pas tellement. [...] Ce matin, nous sommes mercredi 20 mars, nous commencions à parler, comme toujours, de choses et d’autres, avec ceux de la classe. Puis des gens autour de nous pleuraient, s’effondraient, arrivaient en sanglots. Puis plus un bruit. L’école était mortifiée, silencieuse comme elle ne le fut jamais. (20-03-02)

 

« Ce jour-ci, l’émotion fut intense, devant les champs de croix blanches, devant les noms gravés de jeunes soldats qui, pour la plupart, n’avaient pas encore fêté leurs vingt-cinq ans. » (31-03-02)

 

« Aujourd’hui, j’ai passé l’après-midi chez Virginie. Elle ne va pas très bien. Depuis quelques temps, elle déconne. »

 

« Les USA [...] préparent je le crois, une attaque contre l’Irak. Une guerre ? Le sang d’innocents coulera-t-il une fois de plus ? Pourquoi l’homme est il ainsi ? Si cruel, si aveugle, pourquoi ? [...] Trop obsédés par nous-mêmes, pauvres imbéciles.» (12-10-02)

 

Yeux clos, rythme régulier d’un corps en latence,

Images tournoyant dans l’esprit flou,

Attendant patiemment que cesse l’instant silence,

L’heure sonne et enfin la lumière parait.

 

Yeux mi-clos, souffle haletant d’un corps qui s’agite,

Percent son rire et le pourpre de ses joues,

Modelant, transformant, se jouant du licite,

L’heure tourne encore, les larmes sont séchées.

 

Yeux couverts, fébrile devient le corps qui se presse,

Se noyant dans e tourment de la foule,

Il songe au bonheur, en imagine l’ivresse,

L’heure avance, il l’a oubliée.

 

Yeux pâles, derniers sursauts d’un corps affaibli,

Le souvenir enivre le vieux fou,

Qui redessine çà et là les gammes de sa vie,

L’heure sonne et s’achève la course effrénée.

 

EN : I’ve just found my old diaries. When I was a teenager, I used to write down all that I thought, felt, was. I was 16, falling in love ten times a year, feeling lonely and misunderstood, thinking I was not good enough to be someone, being scared of wars, of death, of tests at school, of the future. I remember what my first thoughts were when I woke up in the morning ; “what’s the weather like? What am I gonna wear?” I wanted to be appreciated and to have good marks at shool. Now I know I was just a normal teen. And I don’t think I’ve changed. I still want to be “someone”, to be appreciated, to have a missed call on my phone, an email in my Inbox. And, yes, I still feel unsecure when I turn off the light and when I see shadows dancing on the wall.

 


picture :: credits

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Dimanche 12 octobre 2008

par Julie

 

 

J’ai rejoint Henry Chinaski et ses furoncles près de la voie Olbia. Je me suis allongée sur un banc de pierre, l’air était tiède, les autos roulaient à grande vitesse, et lui, il grandissait.

J’ai haï son arrogance, et je l’ai pris en pitié, même si ce n’était pas ce qu’il désirait. Lui, ce qu’il voulait, c’était se dissimuler pour que l’on aille jusqu’à oublier son hideuse présence. Hideuse selon lui. Je lui trouvais un air rassurant.
Son discours d’adolescent m’épuisant, je l’ai délaissé pour m’enfermer dans une salle obscure. Nous n’étions que deux, elle, et moi. J’ai ri et ai laissé tomber la peau des grains de raisin sur le sol. Puis, la lumière fut. Je m’en suis allée rejoindre Henry pour que l’on prenne l’autobus Transvar qui nous ramènerait à Collobrières. Depuis, je ne l’ai plus revu mais je suis certaine que, dès demain, il continuera de partager mes instants de solitude. Tout rentrera dans l’ordre. Je reprendrai le volant, ferai fondre un comprimé de vitamine C, que j’avalerai ave un café et un sirop de cassis.

 

Farewell the neighing steed, and the shrill trump,
The spirit-stirring drum, the ear-piercing fife,
The royal banner, and all quality,
Pride, pomp, and circumstance of glorious war!

 

 

 

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Mercredi 8 octobre 2008

par Julie

 

 

J’écris l’inutile, l’improductif, le vide. Un peu comme ces gens qui ne parlent que de leurs frasques au bureau et de leurs enfants. On parle de ce que l’on vit au quotidien, c'est-à-dire, pas grand-chose.

Un rêve de voyage et d'examen. Un café et un comprimé de vitamine C. Une pluie battante et un volant. Puis une attente au Mac Donald’s, un cheeseburger et un sundae au caramel dont le nappage n’était même pas chaud en lisant Bukowsi.

Et l’auto, et la clinique, et elle. Sa petite tête dépassait des draps de sa chambre individuelle du premier étage. Elle a murmuré : « ne m’embrasse pas ». Sur sa droite, des flacons. Sur sa gauche, sa fille, son beau-fils, et une fenêtre par delà laquelle il n’y avait rien d’autre que le gris du ciel et la perceptible froideur de l’eau qui en coulait. Eux, ils parlaient de son petit-fils qui grandissait, de la pluie et des fenêtres ouvertes, de diabète et du raisin au goût sucré qu’il reste à cueillir. Et elle, elle laissait courir sur nous son regard pâli par le temps sur nous, sur les murs, sur ses paupières qu’elle fermait lentement. J’aurais voulu la serrer dans mes bras, m’allonger auprès de son corps amaigri, et la faire sourire. J’aurais voulu que ses cheveux poussent. Je les aurais frisé, les aurais teintés comme elle le faisait. Puis elle m’aurait emmenée jouer près de sa maison de campagne. Je me baignerais dans un grand sceau noir dont l’eau serait chauffée par les rayons du soleil, puis elle coifferait mes cheveux près de la fenêtre. Ma mère entrerait par la porte vitrée, et nous irions cueillir des figues que nous couperions en deux pour en manger une chair rouge et blanche. Elle porterait une blouse bleue et des lunettes à monture dorée. Et elle sourirait, rirait même, la bouche ouverte. Aujourd’hui encore, elle nous adressait un sourire, relevant les extrémités de ses lèvres, le corps immobilisé dans une blancheur stérile.
[note du 12-10-08 : voilà, c'est fait...]
 



EN : Earlier today, it was raining. Wet. Cold. We went to the clinic and reached the first floor. Don’t kiss me, she said. We talked about nothing sitting by her bed, by her too skinny body trapped in a too white room. Her extinguished eyes, her pale skin, her hair, too short, too white. She is going to die.

Forty-five minutes later, I left her room saying see you soon, thinking will I see you again? I was hoping I could still be a kid picking figs, grapes and jujubes in her garden. I was hoping she would be vigorous enough to smile and laugh and talk with conviction.

If only the Earth was not round, but flat and untrammelled, if only we could live forever in a world that could never be overpopulated…

 

 

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